Le cinéma Marocain à l’honneur dans la Faculté Poly-disciplinaire de Safi.

Publié le par Asma Mouhib

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   Mardi 8 Mai 2007, une conférence s’est tenue au sien de la faculté poly-disciplinaire de Safi, en présence de Mr. Le Doyen de la faculté Elmostafa Hadiya, Mr. Mohammed Bakrim, représentant du Centre Cinématographique Marocain et critique de cinéma, le Pr. Rachid Naim, Président du Département des Sciences Humaines, des Lettres et des Arts, le Pr. Lemghari Elmustapha , et Mr Kamal Kamal réalisateur du film « La symphonie Marocaine ».

 

  Sous le thème : « Cinéma Marocain et dynamique sociale », Mr. Hadiya a essayé dans son intervention, de faire une approche entre le domaine sociologique et le cinéma. Il a affirmé que depuis l’indépendance, la société Marocaine a connu de profonds changements, qui ont favorisé par la suite une certaine autonomisation de la société et une orientation vers l’individualité et la responsabilisation de l’individu.

  Cependant cette individualité est née dans la douleur, car il y avait une cassure au niveau de la société, il y avait une réalité nouvelle qui nous poussait de façon continuelle à nous demander sur la nature de notre identité.

  Mr.Hadiya ajoute que le cinéma a commencé au Maroc vers les années 50, avec l’apparition du Centre Cinématographique Marocain, et qu’il est passé, au cours de son histoire par trois étapes essentielles :

1- Le cinéma d’auteur : (entre les années 70 et 80). Cette poussée vers le cinéma d’auteur a été inaugurée par le film « Wachma » de Hamid Bennani en 1970. Le cinéma d’auteur est une sorte d’autobiographie dans laquelle l’auteur exprime son univers, mais nous introduit implicitement dans la société et la réalité Marocaine.

2- Le cinéma s’adonnant à la sphère sociale : (entre les années 80 et 90). La majorité des films produits en cette période s’axent sur les problèmes sociaux : immigration clandestine, question de la femme, la Moudawana .....

3- Le cinéma de quête : (depuis 2000). Les thèmes étaient toujours axés sur la question sociale, mais représentant cette fois-ci une réalité plus complexe (quête de l’identité, recherche de soi, option pour l’universalité…).

  Le cinéma Marocain actuellement, selon mr. Hadiya, ne diffère pas des autres productions littéraires et scientifiques : On se cherche toujours, et il y a toujours cette volonté de bâtir notre identité…

  Ce qui reste, c’est l’esthétique ; l’artistique. Et ici Mr. Hadiya se demande si nous, en tant que Marocains, possédons un cinéma qui maîtrise les techniques de productions, et si on a atteint dans ce domaine un niveau dont on peut être fier.

  Il ajoute à la fin de son intervention, qu’on peut parler de cinéma au Maroc et non de cinéma Marocain, car on aspire toujours à un art qui ait une certaine universalité, bien que celle-ci soit atteinte par quelques films Marocains.

  Mr. Bakrim de sa part, a essayé dans son intervention intitulé : « Le renouveau du cinéma Marocain », de relever les principales caractéristiques de la dynamique du cinéma au Maroc.

  Tout d’abord, il a affirmé que l’on peut enseigner les techniques du cinéma, mais pas l’art du cinéma. Le rôle de l’université à partir de là est de multiplier les occasions de rencontre les films (surtout qu’il n’y a pas de salles de cinéma à Safi), offrir l’occcasion d’une transmission entre les générations et donner une initiation sur la base du patrimoine cinématographique.

  Le cinéma Marocain, selon Mr. Bakrim existe au Maroc depuis 1958. Pendant les années 70 le cinéma est devenu un concept, et on parlait alors de "Cinéma National". On produisait à cette époque 1 film par an, 2 ans ou 4 ans.

  Mais actuellement la situation a profondément changé. La télé nous propose un nouveau film Marocain tous les 15 jours. 16 nouveaux films sont programmés d’ici la fin 2007. S’ajoute à cela, la dimension internationale du cinéma Marocain (le Maroc est le seul pays Africain à avoir son pavillon parmi les pavillons internationaux dans plusieurs festivals).

  Il y a aussi l’engouement des jeunes pour le cinéma (ouverture de deux nouvelles filières du cinéma à la faculté de Ouarzazate, et plus de 300 inscriptions dans une école privée du cinéma à Marrakech).

  
   Les caractéristiques du cinéma Marocain :

  Selon Mr. Bakrim, les caractéristiques du cinéma Marocain peuvent se résumer en trois points :

1- La régularité : Depuis les années 90, on assiste à l’émergence du cinéma Marocain (« Un amour à Casablanca 1991 », « Fête des autres 1991 »…). Entre 2001 et 2002, 12 à 15 longs métrages ont été produits. En 2004 le cinéma Marocain a battu celui des Egyptiens qui n’ont pas trouvé de films pour les festivals sauf le film « Bahib cinema ». Et avec l’engouement des jeunes pour le cinéma, on assiste à la production de 50 à 60 films par an.

2- La visibilité : Le cinéma Marocain n’est pas visible uniquement chez lui, mais aussi sur le plan international. C’est un cinéma qui est demandé dans les festivals internationaux (Las Palmas, Carthage, Ouagadougou….). En 2006, il y avait quatre films en tête du Box-office qui ont battu des films Américains avec « La symphonie Marocaine » de Kamal Kamal en première position.

3- La diversité : c’est une diversité tout d’abord thématique (questions sociales, cinéma de devoir de mémoire, cinéma d’introspection : « Tayf Nizar » de Kamal Kamal). C’est une diversité esthétique (cinéma d’auteur, cinéma populaire…) C’est un cinéma qui n’est pas monolithique, où chacun peut trouver la fibre qu’il cherche. Et enfin c’est une diversité générationnelle (en 1958, il n’y avait presque aucun jeune étudiant le cinéma. Par contre entre 2001-2007, on a plus de 20 jeunes réalisateurs). Le système du cinéma marocain est un système ouvert qui accepte l’arrivée des jeunes de l’étranger (Hakim Belabbas, new york ; Laïla Marrakchi, Paris…).

Les raisons de ce renouveau du cinéma Marocain :

1- L’existence d’une grande tradition cinéphile au Maroc, avec l’apparition des ciné-clubs depuis les années 20.

2- L’existence de pionniers qui ont continué à résister (Tazi, Abdelkader Laktaâ, Hamid Bannani…)

3- L’existence d’une volonté publique d’aider le cinéma sous forme de fonds d’aide.

4- Le festival de Marrakech créé en 2001, est considéré comme la locomotive de l’industrie du cinéma Marocain, et comme une occasion pour s’affronter avec le cinéma international.

  L’intervention de Mr. Naim, s’est axée sur la relation qui pourrait exister entre le cinéma et l’université, et il a affirmé que chacune d’elles peut apporter à l’autre, et ce selon quatre logiques essentielles :

1- La logique épistémologique : Le cinéma va ramener le savoir à l’université. Le cinéma est comme la production littéraire et philosophique.

2- La logique esthétique : Les films Marocains commencent à avoir une dimension esthétique.

3- La logique identitaire (ou civilisationaire) : Avec la mondialisation de l’image, celui qui domine est celui qui arrive à imposer ses propres représentations, cette question d’identité devient alors une question de survie identitaire.

4- La logique économique (ou capitaliste) : Seules les personnes entre 18 et 25 ans vont au cinéma. Le public Marocain ne va pas au cinéma. Donc le cinéma doit venir aux téléspectateurs.

  Mr. Naim ajoute que pour voir ces logiques se matérialiser, il faut appliquer une exception pédagogique à l’université, en permettant aux étudiants de voir des films gratuitement.

  A la fin de cette conférence, le réalisateur Mr. Kamal Kamal a affirmé dans une brève intervention, que le cinéma ne change pas le monde, mais peut changer les idées. Le cinéma ; selon lui ; ne doit pas rester circonscrit dans le cercle de notre identité, mais doit opter pour l’universalité, car il ne représente enfin de compte que "l’Etre Humain". Et il a insisté à la fin sur le fait qu’on peut parler pleinement de « Cinéma Marocain » à l’heure actuelle.

Publié dans 7 ème art

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Naim 20/05/2007 00:11

Salut AsmaC'est ce qu'on appelle un compte rendu parfait de la conférence. Bravo.Bon blog.