Castello Novo à la merci de l’invasion maritime

Publié le par Asma Mouhib

Castello Novo

à la merci de l’invasion maritime

 

  Figure emblématique de la ville de safi, « Castello Novo » ou « Le Château De Mer » connaît aujourd’hui un danger éminent d’effondrement et ce en raison de l’instabilité de la falaise Amouni qui le supporte. L’ampleur du problème, ainsi que l’importance patrimoniale de ce monument nécessitent une intervention illico presto en guise de préserver le rayonnement culturel, historique et touristique de cette ville. 


Photo: Asma Mouhib

  C’est en dehors de l’enceinte portugaise de Safi, précisément à son angle sud-ouest, que se trouve le château de mer. Attirant par sa silhouette caractéristique, il occupe une superficie d’environ 3900m². Il a été construit au XVIème siècle et plus précisément en 1515 par les Portugais. Il remplissait la fonction en même temps d’une forteresse où il y avait une partie de la garnison militaire portugaise et celle d’un château qui servait comme logement pour le Gouverneur.

  Le Dahir du 7 Novembre 1922 (17 Rabià 1er 1314), le classe comme monument historique. Durant les années cinquante et début des années soixante, sa cour centrale servait comme galerie d’exposition pour le matériel archéologique du château lui-même et de la cathédrale Portugaise de Safi.

Cependant, les immeubles municipaux à l’intérieur du château étaient dans un état de dégradation très accentué, aussi bien que le château lui-même qui avait déjà perdu sa partie sud-ouest. Cette dernière s’est écroulée avec sa falaise durant la tempête du 28 janvier 1937. Par conséquent, Le service des beaux arts et des antiquités se chargea de la restauration du monument, et l’opération a duré de 1954 à 1963.

  “A travers une lettre du gouverneur Alvaro De Ataide au roi Emmanuel I datée du 25 Janvier 1515, on a pu reconnaître la première fois où ce monument fut mentionné sous le nom de "CASTELLO" c'est-à-dire "citadelle", sans aucune dénomination caractéristique.

 

En Juillet 1523, au moment où ce château était dans les phases finales de sa construction, le roi Jean III lui donna une appellation distinctive. En effet dans une lettre destinée au gouverneur de Safi, il le dénomma "CASTELLO NOVO", c’est-à-dire"CHATEAU NEUF", pour le distinguer de la Casbah Almohade qui était aussi une citadelle.

Ce fameux château de mer était aussi appelé en arabe "Al kasbah Assoufla", selon Al Kanuni ; historien du début du XXème siècle, et non pas "Dar Al Bahr" qui désignait autrefois un bâtiment avoisinant l’actuel château de mer.

En Juin 1919, lors de sa visite au monument,    

Jules Borely ; chef de services des beaux arts et des monuments historiques ; était le premier à utiliser l’appellation "Château de la mer Portugais".

Après l’indépendance, les autorités locales le désignaient par "Ksar Al Bahr". Alors que les Mesfiouis préfèrent toujours l’appeler "Al Bordj".” S.Chemsi


Facteurs de dégradations de la falaise Amouni

  Selon l’étude de Said Chemsi, archéologue-monumentalist Safiot, intitulée « Castello Novo de Safi dit Château De Mer Portugais, étude archéologique et perspective de sauvegarde », le château de mer et la falaise littorale qui le supporte et qui s’étend sur plus de trois km à partir du château, à côté de Mraysa Kdima jusqu’à la falaise Jorf lyhoudi, est quotidiennement exposée à une érosion intense qui conduit à son recul. Cette instabilité de la falaise Amouni est causée par des phénomènes naturels relatifs à la structure géologique ; puisque cette falaise est classée parmi les falaises vives du littoral Atlantique marocain, de même qu’à des phénomènes météorologiques; qui se résument dans : les courants, les changements climatiques, la houle, et les marrées.

Compte tenu de ces facteurs, cette falaise connaît la naissance de vides, la chute de blocs, qui s’érodent et finissent par devenir des grains de sable. La falaise aura donc un nouveau front. De ce fait on assiste petit à petit au recul de la falaise qui peut provoqué à tout moment des écroulements au niveau de la bâtisse.


Diagnostic de la falaise supportant Castello Novo


  Ce diagnostic a été fait par le L.P.E.E (laboratoire public d'essais et d'études) en 1991, et révélé suite à des prospections sous-marines, l’existence de cavités, de fissures et de grottes dans trois côtés du rocher du château de mer : Le côté nord, le côté ouest et le côté sud. « Certaines de ces grottes atteignent, selon M. Abdelhak Chami (chef du département urbanisme, division de l’Habitat),  plus de 9m de profondeur, ce qui provoque des creusements permanents dans tous les côtés du monument.» La situation est d’autant plus grave que certains témoignages affirment, une fois à l’intérieur, le ressentiment d’un léger ébranlement du monument par force du déferlement des vagues sur la falaise.

 

  Par ailleurs, vu sa proximité de la mer, Castello Novo reste fortement exposé au problème de l’humidité. S. Chemsi affirme en effet dans son étude, que « lors des marrées basses, les vagues se déferlent sur le mur de soutènement, et finissent par remonter par capillarité aux structures des cellules ouest (sol, pilier, mur arc…). D’autre part lors des marrées hautes, les vagues se dispersent après leur déferlement sur le rocher et le mur de soutènement, pour atteindre la muraille ouest. Dans le sol et les murs, l’eau s’infiltre par capillarité, mais aussi par les brèches et les baies de la muraille ouest. » S’ajoute à cela, l’eau des précipitations pluviales, qui s’infiltrent elle aussi par la terrasse de la bâtisse.


Plusieurs chercheurs pensent que le château de mer avait servi à l’époque des Alaouites comme résidence royale, tandis que la Casbah / Dar Sultan restait une forteresse. Au début du XX
ème siècle, le château de mer a connu l’implantation de certaines bâtisses locales, sous forme de maisons et de dépôts dans sa grande cour. En effet, une partie des immeubles du Castello Novo appartenaient à cette époque à trois dames qui sont Mme Murdokh, Mme Butler et Mme Hunot. L’autre partie de ces immeubles étaient sous la propriété du Makhzen, mais aussi habités par des civiles.

Durant les années cinquante et début des années soixante, la cour principale du château servait comme galerie d’exposition. Et depuis la restauration de 1963 le château de mer fut ouvert aux visiteurs en tant que monument historique.

 


Qu’en est-il des solutions ?

 

Selon des responsables dans Le Ministère de l’Aménagement, le recensement des cavités et grottes au sein du rocher qui supporte le monument relève l’existence de :

  6 grottes de types A qui seront protégées par la digue.

  24 grottes de type B qui ne seront pas protégées par la digue

  8 cavités dont le comblement se fera par des sacs en béton.

En effet, le rapport du L.P.E.E,  propose la solution du remplissage des grottes, mais celle-ci reste provisoire car l’érosion va contourner et creuser d’autres grottes.

 Ainsi pour protéger toute la surface de la falaise, d’après S. Chemsi, on aura recours soit à des digues en enrochement, soit à un mur en béton, soit à une jetée avancée en mer. 

 

Protection de la falaise avec des digues en enrochement

 

  Cette digue a été recommandée par L.P.E.E en 1996. Il s’agit de prévoir à l’intérieur de la mer des brise-lames constitués de digues en enrochement tout au long des trois côtés du monument. Toutefois, malgré la réalisation de ces enrochements, le problème restera toujours présent s’il n’y a pas comblement des grottes et des failles.

 

Construction d’un mur en béton

 

  Cette solution consiste en la construction d’un mur plein en béton armé sur le rocher marin tout au long du côté ouest. Ce mur devrait avoir une hauteur considérable pour qu’il ne soit pas couvert par les marées hautes. Il devra aussi avoir un profil vertical du côté de la falaise et un talus du côté de la mer, ce dernier résisterait mieux à la houle.

Cette solution reste bénéfique quoique ses frais seront très coûteux, en plus elle est inconvenable pour le château de mer du point de vue esthétique.

 

Utilisation d’une jetée avancée en mer

 

L’ouvrage de cette jetée sera fait de la même façon qu’une jetée de port. Seulement ici, selon S. Chemsi, on notera le besoin de deux sortes de jetées : la première aura la direction Nord- Est→ Sud –Ouest pour faire face aux houles nord-ouest, et la deuxième prendra la direction Sud- Est / Nord-Est de façon à faire face à la houle située prés de la falaise Trab Sini.

Outre la protection du château de mer, ces deux jetées permettront d’aménager un port de plaisance où pourront être animés différents types de jeux aquatiques, ce qui donnera un aspect pittoresque à la ville de Safi, et y fera revivre le secteur touristique.

 

En revanche ces solutions resteront ancre sur  papier, souligne M. Chami, s’il n’ y a pas interventions de tous les secteurs : O.C.P., O.N.C.F., ministère de la culture et du tourisme, municipalité, associations….

 

  À aucun moment, la dimension anthropologique, n’a été dissociée de son support spatial, archéologique ou architectural. Les savoir-faire, les modes d'occupation ou de gestion de l’espace, les techniques traditionnelles, les coutumes régionales se traduisent tous par ce patrimoine de pierre. Ce dernier est le visage vivant de la  collectivité humaine. Il est la chair et le sang de la  nation, que nous devons préserver à tout prix.

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Madame Yoyo 31/12/2007 00:02

Bonsoir et bonne année tout d'abordsEn lisant ce long article, je me rends compte que le Maroc et ses ruines ne se comprennent plus. Rien n'est fait pour laplupart des monments, si ce n'est certains lieux forts touristiques. Safi est encore assez préservée, mais les anciens murs de Casablanca, Tanger, Marrakech et même Fes, n'ont plus que 1 ou 2 décennies à vivre. Franchir des siècles et disparaitre ainsi c'est malheureux. C'est juste aussi que le Maroc a d'autres chats à fouetter, et le marocain de la rue, d'autres préoccupations. La sauvegarde des monuments dans n'importe quel pays est un problème, alors dans un pays pauvre, le problème est encore plus apparent. Le capitalisme sauvage et l'immobilier auront la peau des villes marocaines, Resteront que des souvenirs et des photos comme les tiennes.

nadia-vraie 17/12/2007 22:42

Je tiens à venir te dire un petit bonjour pour te remercier de ta belle invitation,tu es gentille mais je ne pense pas me rendre au maroc,c'est dommage.Bonne soirée Asmaa et merci Amitiés et A+

Naim 15/12/2007 17:05

SalutBon article. j'espère qu'il sera lu par le plus grand nombre.A bientôt.