Cette mort qui donne vie….

Publié le par Asma Mouhib

Cette mort qui donne vie….

 

                                                           Le Prophète de Gibran.

 

 

   Parler de la mort, nous vient rarement à l’esprit. Nous évitons même d’y penser, car ça révèle la fin de l’être humain. La mort est présente en arrière fond de nos angoisses sourdes, et pourtant même en y pensant, nous le faisons sans savoir ce qu’elle représente. Nous passons notre vie à comparer, à classer, à résoudre ou à contourner chaque problème, et ici ni la philosophie, ni la science ne nous permettent d’éluder ce mystère majeure, la mort…

 

 

 

   Dans ce même contexte, le personnage principal de cette œuvre semi-religieuse, semi-prophétique, répondant toujours aux questions des gens d’Orphalèse, aborde dans une dimension métaphysique et mystique le sujet de la mort, lui qui s’apprêtait à faire son dernier voyage ( si ce n’est en fait une préparation à mourir).

   Le thème de la mort n’est pas restreint au dernier chapitre uniquement, mais on en trouve des insinuations dans presque toute l’oeuvre :

"Que les vagues de la mer ne nous séparent pas, que tes années avec nous ne deviennent pas souvenir" (Introduction)

"Quand les blanches ailes de la mort éparpilleront vos jours, vous serez ensemble. Oui, vous serez ensemble dans la mémoire silencieuse de Dieu" (le Mariage)

"Pourtant, l’intemporel en vous est conscient de l’intemporalité de la vie" (le Temps).

 

    Le Prophète, avec sa sagesse habituelle, affirme que le secret de la mort réside au cœur de la vie, et que la vie et la mort sont une, comme la mer et le fleuve sont un.
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   Dans ce même contexte, Schopenhauer écrit :"La plante et l’insecte meurent à la fin de l’été, l’animal et l’homme après un petit nombre d’années : la mort fauche sans relâche. Mais malgré cela, oui, comme s’il n’en n’était nullement ainsi, tout est toujours présent en son lieu et à sa place, comme si rien n’était périssable. En tout temps la plante verdit, l’insecte bourdonne, l’animal et l’homme subsistent dans leur indestructible jeunesse, et nous retrouvons chaque été les cerises déjà mille fois dégustées".  Schopenhauer veut dire par là que la vie maintient l’idée du cerisier, l’idée de la vigne, l’idée du chêne, l’idée de l’homme. Cette idée demeure à travers la succession des générations. Il faut que les individus d’une espèce se succèdent pour que le processus immortel de la vie se continue de génération en génération. Ce qui est immortel de ce point de vue de la vie, c’est l’espèce, c’est l’idée, non l’individu qui est une manifestation temporaire de cette idée. Dès lors la mort ne constitue pas une négation de la vie, mais un moment d’un processus par lequel elle se maintient dans la durée.

 

   Ce point de vue montre bien la continuité de la vie, mais seulement sur un plan supra-individuel. Si la vie se maintient, c’est uniquement au dépend des individus dont elle se sert pour se maintenir. Mais n’y a-t-il pas une signification métaphysique individuelle de la mort, la mort ne serait-elle pas simplement un passage vers une autre vie éternelle ?

 

 

  

   La mort chez Gibran acquiert une dimension optimiste, d’où la peur de la mort est éliminée :"Votre peur de la mort n’est que le tremblement du berger lorsqu’il se tient devant le roi, sachant que la main de celui-ci va se poser sur lui pour l’honorer". Et au lieu d’être une chose terrifiante, elle devient un honneur, une libération de toute contrainte, et une élévation vers un au-delà plus fascinant, où l’on est plus libre et où l’on retrouve le Bon Dieu dans un paradis éternel :"Et qu’est-ce que cesser de respirer, sinon libérer son souffle des courants qui l’agitent pour lui permettre de s’élever, se dilater et délivré de toute contrainte, rechercher Dieu ?".

A partir de ce point, la mort n’est plus considérée comme une fin mais comme un début, début d’une vie éternelle sans contraintes, c’est un portail qui s’ouvre pleinement sur une jouissance et une béatitude sans limite.    

 

   Le mot « Mort » a un contenu très complexe. Il enveloppe nos représentations culturelles et religieuses. La peur de la mort est une peur de l’inconnu, une peur de la fin de notre existence personnelle, une fin qui inquiète et qui trouble. Pourtant Gibran dans «Le Prophète » a dépassé cette dimension superficielle de la mort à une autre plus profonde et plus mystique, en la considérant comme une étape essentielle dans la destinée spirituelle de l’âme et comme un cheminement vers une vie éternelle. 

 

Publié dans Philosophie

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Commenter cet article

alana 26/09/2007 19:06

un site sur le prophète de Khalil Gibran interprété par Pierre Richard:
www.lavoixduprophete.com/

imana 16/04/2007 14:37

slt asmae
c un plaisir de naviguer chez toi, bon article sur la mort et bonne continuation