Portrait d’une paysanne.
Tenant au regard sa petite fille qui était en train de jouer, à travers le vitre brisé de leur fenêtre, Rkia préparait le petit déjeuner pour ses sept enfants, qui était constitué, comme l’est le cas pour tous les autres repas de la journée, de thé et de pain.
Elle voyait en même temps, un reflet non précis qui se combinait avec l'image nette de sa fille, et replongea ainsi dans un passé hantant et emprisonnant, un passé remontant à la perte de son mari.
C’était un regard plein de chagrins, de souffrances, et de douleurs qui l’interceptait de temps à autre, mais aussi, un regard franc et empreint d’enthousiasme et de conviction, un regard d’une femme battante, une femme assumant pleinement son destin.
Rkia, était une sexagénaire, qui comme tous les siens est née dans ce douar, et n’en est jamais sortie ailleurs. Passant la plupart de son temps dans les champs, et vivant de ce que lui procurait la terre. Elle avait une bouche édentée, de petits yeux noirs, et sa peau était grise. Elle portait toujours une vieille djellaba et un foulard en laine posé nonchalamment sur sa tête.
Une fois le travail terminé au champ, Rkia empruntait avec son fils aîné, qui l' aidait de temps à autre, le chemin de retour vers leur soi-disant maison. C’était en fait une cabane, une sorte de grande caisse vieille et sale, un assemblage de planches à échardes, clouées ensemble. A la porte de cette cabane, il y avait un gros chien, de race indécise, traînait sa chaîne avec un bruit solitaire. Son long poil était collé par la boue du terrain, une boue tenace, qui collait aux pieds. Une fois à l’intérieur de cet univers humide et silencieux, on s’aperçoit que la demeure est composée d’une seule pièce, où il n’y avait qu’une sorte de paillasse qui servait apparemment comme chambre à coucher pour les enfants. Il y avait aussi une vieille table au milieu, et sur laquelle était déposée quelques assiettes, et juste au fond quelques bidons qui servaient pour l’approvisionnement en eau.